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Oral Histories - Marie-Charlotte Calafat

With this post, we start the side-project Oral Histories: a series of interviews with people who study, work or deal with photo-novels; or more broadly, who are or have been in touch with this fascinating world. We want to record their knowledge, their stories and their memories concerning photo-novels as an essential element not only within our project, but for the understanding of this phenomenon as a whole.


We had the pleasure of carrying out our first interview with Marie-Charlotte Calafat, the curator, together with Frédérique Deschamps, of the exhibition Roman Photo, which ran at the MUCEM in Marseille (France) from December 13th 2017 to April 23rd 2018. As promised, here is the interview in both orginal (French) and translation (English). Many thanks to Marie-Charlotte Calafat for her kindness and availability!

(VC = Valentina and Clarissa, MCC= Marie-Charlotte Calafat)


French Version

VC: Comment est née l’idée de l’exposition sur le roman-photo? Pourquoi le roman-photo? MCC: L’initiative revient à la co-commissaire, Frédérique Deschamps, qui est iconographe dans la presse, et qui est tombée sur une pile de “Nous Deux” qui partait à la benne. Elle s’est dit qu’il y avait là possiblement un sujet original d’exposition parce qu’elle-même s’était étonnée que le roman-photo continue à exister aujourd’hui en France à travers le magazine “Nous Deux”. Elle en a parlé au Président du MUCEM, Jean-François Chougnet, il y a à peu près 4 Ans, qui a proposé que je travaille avec elle sur ce projet d’exposition. Nous avons essayé de trouver les sources, des matériaux originaux, ce qui n’était pas un exercice simple, dans la mesure où autour du roman-photo ne sont conservée aucune archive dans les collections publiques, et même chez “Nous Deux”, il n’y a pas l’intégralité des publications réalisés. Donc, il s’agissait plutôt de rencontrer des acteurs de cette histoire. Cependant, le terrain n’était pas vierge : il y avait des publications comme celles de Jan Baetens, de Bruno Takodjerad, qui a écrit la saga du roman-photo avec “Nous Deux”, on a également rencontré les rédactrices en chef de “Nous Deux”. Le travail a été donc de transformer ces recherches dans le but d’en faire une exposition au MUCEM. Pourquoi la faire au MUCEM? Le MUCEM est l’héritier du Musée des arts et traditions populaires, qui était un musée à Paris. La dimension populaire du roman-photo, son ancrage méditerranéen et la lecture sociale qui pouvait en être fait étaient des arguments favorables à la programmation de cette exposition. Nous avons récupéré l’intégralité de ses fonds pour constituer la base de collection du MUCEM, il s’agissait de re-travailler le fond d’imageries populaires conservées dans nos collections pour travailler également sur les origines du roman-photo. Nous nous sommes rendu compte que l’exposition est constituée d’une bonne part de la collection du MUCEM, du fond ancien mais ça a été aussi l’occasion d’acquérir des choses pendant ce temps de recherche et de combler la lacune que le Musée des ATP n’avait pas rempli, c’est-à-dire ces acquisitions sur ce phénomène qu’était le roman-photo.

VC: En quoi a consisté votre travail plus précisément pendant ces 4 années? MCC: Avec Frédérique, on a tâché de garder en tête notre objectif, afin de ne pas se noyer dans l’infinité de matériel. Notre but était de construire l’exposition avec un maximum de produits originaux, c’est-à-dire de maquettes, d’ektachromes, de négatifs etc..

VC: En ce qui vous concerne, quelle était votre relation avec le roman-photo? MCC: J’ai fait des études d’histoire de l’art à l’Ecole du Louvre et à Paris 1 avec une option iconographie et ethnographie, donc le roman-photo ne m’était pas complètement inconnu, mais je n’en étais pas une lectrice assidue. Je connaissais plus la partie comique, les détournements que la partie sentimentale. Il m’a plu beaucoup de lire des romans-photos sentimentaux car c’était une relecture de la société dont ils sont le reflets. Il était intéressant de reprendre ces romans-photos écrits dans les années 60-70, et d’en refaire une nouvelle lecture à travers le recul et la distance que nous avons aujourd’hui. Avec la co-commissaire, notre travail était dès lors complémentaire : elle se concentrait plus sur l’image, la photo, et moi plutôt sur le côté social et historique. Après le temps de recherche, nous nous sommes répartis le travail. Je me suis plutôt occupée de la partie roman-photo sentimental, la première partie de l’exposition sur les origines et le ciné-roman, les vedettes…, et du comique et politique. Alors que Frédérique Deschamps s’est occupée de la mondialisation, de la veine érotico noire voire pornographique avec la figure de Satanik par exemple, qu’elle connaît sur le bout des doigts. Les choses se sont faites assez naturellement, avec ce double regard systématique.

VC: Concernant cet aspect sociétal très important, que nous apprend le roman-photo? MCC: On le voit dans l’exposition, plusieurs articles traduisent ce lien très important avec la société. Les scénarios des romans-photos sous-tendent toujours un lien avec des problématiques sociétales, comme le divorce, l’émancipation de la femme par le travail, les différentes classes sociales, le franchissement des barrières de ces classes grâce à l’amour. On parle à la fois d’un côté émancipateur et d’un côté annihilant, critiqué par les détracteurs du roman-photo. Selon moi, les deux sont vrais, comme pour tous les types de littérature. Le roman-photo souffre d’une vision très grossière, très peu de recherches ont été réalisées à son sujet. Cependant, on peut remarquer qu’il y a des années-charnières, en 68’ par exemple, beaucoup de romans-photos parlent des conflits intergénérationnels ou intersexes.

VC: Pourrait-on définir ces thématiques comme étant typiquement françaises ou peuvent-elles être considérées comme internationales? MCC: Aussi bien dans le roman-photo italien que dans le roman-photo français, on retrouve le même genre de thèmes. La question de l’émancipation de la femme n’est pas une thématique purement française. Par contre, si on fait attention aux traductions, on se rend compte que quelques fois, il peut y avoir une touche ou une spécificité française ajoutée. En France, ces magazines pouvaient faire se côtoyer aussi bien des traductions de romans-photos italiens que des productions françaises et il est évident qu’on remarque parfois dans ces dernières des références purement françaises. Par exemple, dans un de ces romans-photos né dans le contexte de mai 68, on peut voir un travailleur de la RATP (Régie autonome des transports parisiens), ceci n’empêche pas évidemment de pouvoir réadapter le roman-photo dans une autre langue.

VC: Il y a actuellement une exposition sur le roman-photo à Trente, en Italie. Aviez-vous connaissance de celle-ci? MCC: Oui, je n’ai pas eu l’occasion de la voir mais j’en ai entendu parler. Nous avons pris contact avec eux pour qu’ils nous envoient quelques visuels mais le parti pris était assez différent il me semble. Elle était globalement constitué soit des publications elles-mêmes soit des photos. Dans notre cas, nous avons réalisé l’exercice de jouer avec les deux en même temps.

VC: Avez-vous reçu la visite d’autres chercheurs à l’exposition? MCC: Non, nous avons reçu la visite de beaucoup de personnes ayant collaboré dans les années 70 aux romans-photos ou à l’histoire de ceux-ci, que nous ne connaissions pas et qui se sont manifestées au moment de l’exposition, mais également des artistes qui ont pris de la distance avec le roman-photo et qui ont une vision très esthétique, un pan très peu exploité, et des productions plus contemporaines, un peu décalées, de vidéastes qui retravaillent le roman-photo.

VC: Pourriez-vous déjà nous donner une idée du nombre moyen de visiteurs? MCC: C’est un peu difficile à dire pour l’instant. Les chiffres seront connus à la fin de l’exposition. Le 20 mars, nous avions 66 000 visiteurs, ce qui est une moyenne considérable étant donné que d’habitude nous avons environ 500 visiteurs par jour pendant cette période de l’année. On peut dire que ça a suscité beaucoup d’intérêt. Ce qui est perceptible ici également, c’est l’engouement de la presse sur ce sujet. C’est l’une des expos où on a eu une couverture presse assez incroyable.

VC: Quel genre de public est intéressé par ce type d’exposition? MCC: Il y a vraiment tous types de spectateurs. On a eu un public jeune qui s’est accaparé le sujet, notamment dans le cadre des “Nuits vernies”, organisées au lancement de l'exposition sur le roman-photo. Cette année à Marseille, il y a également eu l’événement MP2018 “Quel amour!” qui relie à l’échelle intercommunale des institutions culturelles qui se sont investies à travailler sur le sujet de l’amour. Ce projet a été lancé le 14 février de cette année et a recréé un engouement autour du roman-photo. Il y a également eu durant l’exposition des moments où il y a eu un travail pour toucher un public plus jeune.

VC: Connaissez-vous la tradition photoromanesque belge? MCC: Je la connais un peu grâce aux échanges avec Jan Baetens, qui a notamment participé à l’écriture de notre catalogue. En ce qui concerne, le roman-photo contemporain, il y a également des romans-photos de Marie-Françoise Plissart exposés au MUCEM. En France, contrairement à la Belgique, beaucoup d’éditeurs ont fait du roman-photo et la plupart ont eu comme objectif d'inonder le marché par la présence de revues, qui ont parfois eu des durées de vie très courtes et qui ont fini par fermer ou se sont centrées sur la bande-dessinée.

VC: Y a-t-il eu en France des oeuvres comparables à celles de Marie-Françoise Plissart et Benoît Peeters? MCC: Dans l’exposition, à côté de Peeters, on peut trouver des pièces de Monory, qui a travaillé avec Vénaille, sur un ouvrage intitulé Deux. Il y a également d’autres portraits dans la partie de l’exposition intitulée “Photo-roman”, sachant que la plupart de ces artistes ont expliqué être les héritiers de La jetée de Chris Marker qui était sous-titré “Photo-roman”.


VC: Comment avez-vous rendu l’exposition interactive? MCC: